14 juillet 2026 3 min de lecture
J’aurais préféré mourir sur cette table d’opération
Il y a des phrases que l’on ne devrait jamais avoir à penser.
Et pourtant, aujourd’hui, elle tourne en boucle dans ma tête :
J’aurais préféré mourir sur cette table d’opération plutôt que de revivre tout cela maintenant.
Je sais à quel point ces mots sont violents. Ils le sont autant que ce que je ressens.
Ce n’est pas une phrase écrite pour attirer l’attention, provoquer la pitié ou faire peur.
C’est le cri brutal d’une femme épuisée, qui a déjà trop encaissé et qui ne comprend plus pourquoi elle doit encore traverser le même enfer.
Sur cette table d’opération, j’ai confié mon corps à des inconnus. J’ai accepté la peur, l'urgence et l’inconnu.
Une partie de moi pensait qu’après, peut-être, les choses iraient mieux. Que cette épreuve marquerait la fin d’un chapitre.
Que j’aurais enfin le droit de respirer, de vivre autrement que dans la douleur, l’inquiétude et l’attente permanente d’une nouvelle catastrophe.
Mais je suis toujours là.
Et aujourd’hui, je ne sais même plus si je dois appeler cela une victoire.
Parce que survivre ne signifie pas forcément vivre. Parfois, survivre, c’est simplement continuer à respirer alors qu’à l’intérieur, tout est en train de s’écrouler.
C’est se lever avec un corps douloureux, un cœur fracassé et un esprit qui ne trouve plus une seule minute de repos.
C’est devoir sourire, parler, rassurer et avancer alors que l’on voudrait seulement que le monde s’arrête.
On me dira sûrement que j’ai eu de la chance.
Que je dois penser à ceux qui m’aiment.
Que je dois être forte.
Que cela finira par passer.
Mais je suis fatiguée d’être forte.
Fatiguée de devoir transformer chaque douleur en leçon de courage. Fatiguée de devoir remercier la vie simplement parce qu’elle ne m’a pas tuée. Fatiguée de mener des combats que je n’ai jamais choisis, avec un corps qui me trahit et une tête qui porte déjà beaucoup trop de cicatrices.
Je ne suis pas ingrate d’être encore là.
Je suis épuisée d’avoir à survivre à autant de choses.
Aujourd’hui, je ne vois pas la lumière au bout du tunnel. Je vois seulement les murs qui se resserrent, la souffrance qui recommence et cette terrible impression d’être revenue au point de départ. Comme si toutes les batailles menées, toutes les opérations, toutes les larmes et tous les efforts n’avaient servi à rien.
Alors oui, aujourd’hui, je pense que j’aurais préféré mourir sur cette table d’opération.
Pas parce que je ne ressens aucun amour.
Pas parce que ma famille ne compte pas.
Pas parce que je souhaite réellement abandonner ceux qui m’aiment.
Mais parce que la douleur parle plus fort que tout le reste. Parce qu’elle déforme mes pensées, efface l’espoir et me fait croire qu’il n’existe aucune issue. Parce que je suis arrivée à un niveau d’épuisement où continuer me paraît parfois plus effrayant que disparaître.
Ces mots ne sont pas un adieu.
Ils sont un signal d’alarme.
Ils disent que je ne vais pas bien. Que je ne peux plus continuer à porter seule ce poids immense. Que derrière ma colère, mes silences et mes réactions se trouve une femme à bout de forces, qui ne demande pas qu’on lui fasse la morale, mais qu’on l’aide réellement.
Aujourd’hui, je n’ai pas besoin qu’on me répète que je suis courageuse.
J’ai besoin qu’on entende que je souffre.
J’ai besoin qu’on reste près de moi.
J’ai besoin qu’on m’aide à traverser cette journée, puis la suivante.
Parce qu’au fond, quelque part sous toute cette douleur, il reste peut-être une infime partie de moi qui ne veut pas mourir.
Elle veut seulement que cet enfer s’arrête.
