Guérrières silencieuses

13 juillet 2026 3 min de lecture

Pourquoi ne suis-je pas morte ce 9 septembre 2025 ?

Il y a des jours où cette question revient me frapper de plein fouet.

Pourquoi ne suis-je pas morte ce 9 septembre 2025, si c’était pour souffrir à nouveau ?

Pourquoi ai-je survécu à cette journée, à cette peur, à cet enfer, si la vie devait ensuite me ramener exactement là où j’avais si difficilement essayé de m’échapper ?

Je pensais qu’après avoir frôlé le pire, quelque chose changerait. Je pensais naïvement que la vie m’accorderait enfin un peu de répit.

Que survivre avait forcément une signification. Qu’après avoir autant lutté, je pourrais respirer, me reconstruire et regarder devant moi sans constamment craindre de retomber.

Mais aujourd’hui, j’ai l’impression de revivre le même cauchemar.

La douleur est revenue. L’épuisement aussi. Les silences, l’impuissance, l’incompréhension et cette sensation terrible d’être enfermée dans un corps et une vie qui ne me laissent jamais vraiment tranquille.

Alors oui, parfois, je me demande pourquoi j’ai survécu.

Ce n’est pas une question lancée pour attirer l’attention. Ce n’est pas une phrase écrite à la légère. C’est le cri d’une femme fatiguée de devoir constamment prouver qu’elle souffre. Une femme qui a déjà traversé tant de tempêtes qu’elle ne sait plus combien de fois elle pourra encore se relever.

J’en ai assez que chaque amélioration ne soit qu’une courte pause avant une nouvelle chute. Assez de croire que le pire est derrière moi, avant de le voir revenir frapper à ma porte. Assez d’avoir mal, de devoir patienter, insister, expliquer et parfois supplier pour être entendue.

Je suis fatiguée de survivre là où j’aimerais simplement vivre.

Pourtant, je suis encore là.

Pas parce que je suis invincible. Pas parce que je suis toujours courageuse. Et certainement pas parce que la douleur serait moins forte que je le dis.

Je suis là malgré tout.

Peut-être que je ne connais pas encore la raison pour laquelle je ne suis pas morte ce 9 septembre 2025. Peut-être qu’il n’existe aucune grande explication, aucun miracle caché derrière toute cette souffrance. Peut-être qu’aujourd’hui, la seule vérité est que mon histoire n’était pas terminée.

Survivre ne signifie pas que je dois accepter de souffrir en silence. Cela ne signifie pas que je dois tout supporter sans me plaindre, ni remercier la vie pour chaque épreuve supplémentaire.

J’ai le droit d’être en colère.

J’ai le droit d’être épuisée.

J’ai le droit de dire que je n’en peux plus, sans que cela efface tout l’amour que je porte encore en moi.

Car même au cœur de cet enfer, il reste des attaches. Des visages, des bras, des regards et des présences qui me retiennent lorsque tout devient trop sombre. Il reste ma famille, ma fille, ceux que j’aime. Il reste aussi cette partie de moi, minuscule mais encore vivante, qui espère qu’un jour la douleur laissera enfin davantage de place à la vie.

Aujourd’hui, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai survécu.

Mais je sais une chose : avoir survécu ne me condamne pas à souffrir éternellement.

Je mérite d’être aidée. Je mérite d’être entendue. Je mérite que l’on cherche de véritables solutions, au lieu de me laisser seule face à cette douleur.

Et même si, aujourd’hui, je ne vois pas encore la sortie, je vais essayer de tenir jusqu’à ce qu’une lumière réapparaisse.

Pas pour nier ce que je ressens.

Pas pour prétendre que tout va bien.

Mais parce qu’au fond de moi, quelque chose respire encore.

Et pour aujourd’hui, cela devra suffire.