13 juin 2026 2 min de lecture
Se sentir seule à deux
Il y a une solitude dont on parle peu.
Celle que l'on ressent alors même que l'on est en couple.
Lorsque notre enfant traverse des difficultés particulières, on espère naturellement pouvoir s'appuyer sur son conjoint.
On imagine former une équipe, avancer ensemble, partager les inquiétudes, les questionnements et les solutions.
Mais parfois, la réalité est différente.
Parfois, l'un voit les difficultés pendant que l'autre les minimise.
L'un cherche à comprendre tandis que l'autre pense qu'il s'agit simplement d'un comportement passager.
L'un vit chaque crise, chaque rendez-vous, chaque inquiétude au quotidien pendant que l'autre peine à percevoir ce qui se joue réellement.
Et au fil du temps, un sentiment douloureux s'installe.
La solitude.
Pas parce qu'on est physiquement seule.
Mais parce qu'on a l'impression de porter seule le poids des explications, des recherches, des rendez-vous, des adaptations et des inquiétudes.
Quand notre fille explose pour ce qui semble être un détail aux yeux des autres, nous savons que ce n'est pas un simple caprice.
Quand elle réagit fortement à un bruit, à un changement ou à une frustration, nous savons qu'il y a quelque chose derrière ce comportement.
Mais lorsque la personne qui partage notre vie ne le voit pas de la même façon, cela devient encore plus difficile.
On se retrouve à défendre son enfant.
À expliquer encore et encore.
À justifier ce que l'on observe pourtant chaque jour.
À essayer de faire comprendre une réalité qui semble invisible aux yeux de ceux qui ne la vivent pas de la même manière.
Et parfois, on finit par douter.
Pas de son enfant.
De soi-même.
On se demande si l'on exagère.
Si l'on interprète mal les choses.
Si l'on est simplement trop inquiète.
Puis les professionnels arrivent, les observations se multiplient, les rendez-vous s'enchaînent et peu à peu les constats se confirment.
Alors on réalise que notre instinct de parent ne nous trompait pas.
Ce que l'on voyait était bien réel.
Pourtant, la blessure de ne pas avoir été comprise par la personne dont on avait le plus besoin reste présente.
J'aimerais parfois ne plus avoir à convaincre.
Ne plus avoir à expliquer.
Ne plus avoir à porter seule cette charge mentale déjà si lourde.
J'aimerais simplement que l'on regarde notre fille avec les mêmes yeux. Non pas pour être toujours d'accord, mais pour avancer ensemble.
Parce qu'accompagner un enfant aux besoins particuliers est déjà un chemin difficile.
Le parcourir en ayant l'impression d'être seule alors que l'on est en couple l'est encore davantage.
Alors certains jours, je continue d'avancer comme je peux.
Pour ma fille.
Pour son bien-être.
Avec l'espoir qu'un jour, l'incompréhension laissera sa place à l'écoute, à la compréhension et au soutien dont nous avons tous besoin.
