Guérrières silencieuses

15 juillet 2026 2 min de lecture

Soulagée… mais inquiète

Je n’ai pas pris cette décision seule.

Face à une douleur devenue trop importante, mon médecin m’a autorisée à doubler ma dose de morphine.

Ce changement était encadré, réfléchi et médicalement validé.

Pourtant, au moment de prendre cette dose plus forte, je n’ai pas ressenti uniquement du soulagement.

J’ai aussi ressenti de la peur.

Quelques heures plus tard, la douleur a enfin commencé à reculer.

Mon corps s’est progressivement détendu. Je pouvais respirer sans grimacer, changer de position sans redouter une nouvelle décharge et fermer les yeux sans avoir l’impression que chaque minute durait une éternité.

Après avoir autant souffert, ce répit ressemblait presque à une délivrance.

Pendant quelques heures, la douleur ne contrôlait plus tout. Elle ne dictait plus mes gestes, mes pensées, mon humeur ou ma capacité à parler aux autres. J’ai retrouvé un peu de calme.

Pas une vie normale. Pas une guérison. Seulement quelques heures pendant lesquelles mon corps criait moins fort.

Et pourtant, derrière ce soulagement, une inquiétude restait présente.

Pourquoi faut-il désormais une dose plus importante pour apaiser cette douleur ? Jusqu’où faudra-t-il aller si elle continue à s’intensifier ? Que se passera-t-il lorsque cette dose ne suffira plus ? Est-ce que mon corps va finir par s’habituer ? Est-ce que les effets secondaires vont devenir plus difficiles à supporter ?

Je sais que ce traitement est nécessaire actuellement. Je sais également que cette adaptation a été décidée avec mon médecin.

Je ne remets pas en question son avis ni le besoin de calmer une douleur qui devenait insupportable.

Mais accepter une dose plus forte de morphine, ce n’est pas anodin émotionnellement.

Cela me rappelle que la douleur est toujours là. Qu’elle prend davantage de place. Qu’elle exige des traitements de plus en plus puissants simplement pour me permettre de supporter mes journées et mes nuits.

Je suis reconnaissante d’avoir enfin été soulagée.

Mais je suis inquiète de la manière dont j’ai dû l’être.

J’aurais aimé que l’amélioration vienne parce que mon état s’arrange.

Parce qu’une cause avait été trouvée. Parce qu’un traitement soignait réellement ce qui provoque cette souffrance.

Au lieu de cela, je dois augmenter ce qui permet seulement de la faire taire temporairement.

La morphine m’offre du répit, mais elle ne répond pas à mes questions.

Elle apaise mon corps sans calmer totalement mon esprit.

Une partie de moi profite de ces heures plus douces, tandis qu’une autre reste en alerte, redoutant le retour de la douleur et ce que l’avenir pourrait encore imposer.

Je ne veux pas avoir mal.

Mais je ne veux pas non plus que l’unique réponse à ma douleur soit toujours d’augmenter les doses.

Aujourd’hui, je suis donc partagée entre deux sentiments.

Le soulagement de pouvoir enfin respirer un peu.

Et l’inquiétude de constater ce qu’il faut désormais pour y parvenir.

P.-S. : Une dose de morphine ne doit jamais être augmentée ou modifiée sans l’accord d’un médecin. Dans mon cas, cette adaptation a été décidée avec lui et doit rester surveillée.