Guérrières silencieuses

4 septembre 2026 3 min de lecture

Un an jour pour jour

Aujourd’hui 04 Septembre 2026, cela fait un an que j’ai subi ma dernière intervention chirurgicale du foie.

Un an.

Et pourtant, quand j’y pense, certaines choses me reviennent avec une précision presque dérangeante.

Pas forcément les détails techniques.

Pas forcément le bloc.

Mais la peur.

Cette peur avant de partir.

La peur de fermer les yeux.

La peur de ne pas savoir exactement comment tout allait se passer.

La peur de se dire que, pendant quelques heures, son corps ne nous appartient plus vraiment.

On sourit parfois.

On essaie de parler normalement.

On fait comme si ça allait.

Mais à l’intérieur, ça tremble.

Je me souviens de cette sensation d’être complètement vulnérable.

De ne plus rien contrôler.

De devoir juste faire confiance.

À l’équipe.

À mon chirurgien.

À mon corps.

À la vie.

Et au milieu de cette peur, il y a eu de la bienveillance.

Des mots doux.

Des regards rassurants.

Des gestes humains.

Des choses qui peuvent paraître petites quand on les regarde de l’extérieur, mais qui prennent une importance immense quand on est celle qui est allongée là, à attendre qu’on l’endorme.

Et puis il y a eu cette promesse.

Mon chirurgien m’avait dit qu’il me donnerait sa main au moment où je m’endormirais.

Et il l’a fait.

Je crois que je n’oublierai jamais ça.

Parce qu’à cet instant-là, cette main représentait tellement plus qu’un simple geste.

C’était un repère.

Quelque chose à quoi me raccrocher.

Une présence.

La preuve que, même au milieu de tout ce qui était médical, froid, impressionnant, il restait de l’humain.

Je me souviens l’avoir serrée.

Je me souviens avoir fermé les yeux avec cette main dans la mienne.

Et puis plus rien.

Quand je me suis réveillée, l’intervention avait été une réussite.

Et pendant un moment, j’ai cru que le pire était derrière moi.

J’ai cru que cette opération allait rester l’épreuve principale.

Je ne savais pas encore.

Je ne savais pas que quelques jours plus tard, tout allait prendre une autre dimension.

Je ne savais pas que mon corps allait connaître de grosses complications.

Je ne savais pas que cette période allait devenir bien plus lourde, bien plus dure, bien plus violente que ce que j’aurais pu imaginer.

Mais aujourd’hui, un an après, il y a une chose que je sais.

Je suis encore là.

Et ce n’est pas juste une phrase.

Ce n’est pas juste une formule.

Je suis encore là grâce à mon corps qui a tenu.

Grâce à ceux qui m’aiment.

Mais aussi grâce à eux.

À mon chirurgien.

À son équipe.

À tous ceux qui ont pris des décisions, surveillé, agi, réagi, soigné, accompagné.

À ceux qui étaient là quand tout allait bien.

Et à ceux qui sont restés là quand tout s’est compliqué.

Alors oui, cette année a été terrible par moments.

Elle m’a laissée avec des souvenirs, des peurs, des questions et des blessures invisibles.

Mais elle m’a aussi laissée avec une immense reconnaissance.

Parce qu’il y a des personnes que l’on n’oublie jamais.

Pas forcément parce qu’elles ont prononcé de grands discours.

Mais parce qu’elles ont été là au moment exact où on en avait besoin.

Parce qu’elles ont tenu une promesse.

Parce qu’elles ont tendu une main.

Parce qu’elles ont fait leur métier avec compétence, mais aussi avec cœur.

Et parce qu’au bout de tout ça, je suis encore là pour écrire ces mots.

Alors aujourd’hui, un an après cette opération, je ne veux pas seulement me souvenir de la peur.

Je veux aussi me souvenir de la main.

De la bienveillance.

De la présence.

Et de cette vérité qui me bouleverse encore :

malgré les grosses complications, malgré tout ce qui a suivi, si je peux écrire aujourd’hui, c’est aussi grâce à eux.

Et pour ça, je leur serai reconnaissante toute ma vie.